Passage à témoins !

Publié le par Père Louis de Villoutreys

3ème dimanche de Pâques - Année B (Mc)

Dimanche 26 avril 2009

 

Textes : Ac 3, 13-15.17-19 ; Ps 4 ; 1Jn 2, 1-5 ; Lc 24

 

 

    C’est vous qui en êtes les témoins » (Lc 24, 48) conclut le Christ ressuscité en s’adressant à ses disciples. Que signifie être témoin ? Un témoin c’est celui qui voit un événement et qui par la suite atteste de la véracité de cet événement. Par exemple quelqu’un qui assiste à un crime et qui le déclare à la police, sous forme de procès verbal, ce qu’il a vu et entendu. Nous avons aussi les témoins de mariage qui signent l’acte dans les registres. Être témoin, ce n’est donc pas seulement voir, c’est aussi raconter, voire même s'impliquer.

   Tels « les disciples qui rentraient d’Emmaüs [racontant] aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’étaient passé sur la route » (Lc 24, 35) : leur rencontre avec Jésus. Tel Pierre qui, après avoir reçu la force de l’Esprit, s’adresse aux Juifs de Jérusalem à propos de la mort et de la Résurrection du Christ : « Lui, le chef des vivants, vous l’avez tué ; mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins » (Ac 3, 15).

   Mais, nous, chrétiens du XXIème siècle, nous n’avons rien vu, nous n’avons pas vu le Ressuscité nous parler et manger ! Pouvons-nous dire alors que nous en sommes témoins ? Vous savez que le mot témoin désigne aussi le bâton que se passent les coureurs de relais. C’est le passage, la transmission du témoin. C’est ce qu’on peut appeler la tradition. Cette tradition commence dès la découverte du tombeau vide. Rappelez-vous Marie-Madeleine qui court trouver Pierre et Jean pour annoncer cette absence. Pierre et Jean se mettent aussi eux-mêmes à courir. La tradition commence par une course avec un passage à témoin. On peut remarquer qu’elle se vit d’abord au sein même de la communauté chrétienne, de l’Eglise naissante : les disciples d’Emmaüs rejoignent le groupe des onze pour raconter leur récit. Après la Pentecôte ; l’annonce de cette parole déborde la communauté primitive : Pierre s’adresse aux Juifs, Paul aux païens. « Je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures, et il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures » (1Co 15, 3-4). En recevant l’Evangile du Christ transmise par l’Eglise depuis presque 2000 ans, nous devenons nous aussi témoins du Christ.


   Comment être d’authentiques témoins ? Eh bien les passages bibliques d’aujourd’hui nous en donnent des réponses.

   - Comme pour les deux disciples d’Emmaüs, les onze et leurs compagnons, nous sommes invités à laisser le Christ nous « ouvrir l’esprit à l’intelligence des Écritures ». Pour annoncer authentiquement la Parole de Dieu, il nous faut d’abord la recevoir intelligemment à l’école du Christ. L’intelligence vient étymologiquement de deux mots inter (entre) et legere (lire). L’intelligence des Écritures, c’est donc notre capacité à lire entre les lignes. Jésus révèle à ses disciples le sens profond des Écritures : le Christ, par sa mort et sa résurrection, accomplit le projet de l’amour de Dieu pour tous. C’est dans l'Église du Christ, et non pas individuellement ou isolément, que nous lisons et écoutons la Parole de Dieu. Laissons-nous instruire par ses pasteurs, en premier les évêques, successeurs des Apôtres.

   -  Dans son épître, saint Jean nous met en garde : « Celui qui dit ‘je le connais’, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur ». Les témoins du Christ sont ceux qui suivent les commandements du Christ, à savoir l’amour de Dieu et du prochain. Sinon nous sommes des menteurs, des contre-témoins, et nous le sommes trop souvent, car nous sommes pécheurs. Mais nous rappelle l’Apôtre, « nous avons un défenseur devant le Père : Jésus-Christ, le Juste ». Laissons-nous donc réconcilier avec lui.

   - Enfin, il y a cette belle parole du psalmiste : « Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage » (Psaume 4). Être témoin du Christ, c’est être configuré au Christ ressuscité. Attention, le Christ ressuscité n’apparaît pas aux disciples sans les marques de la Passion. La Croix est au cœur de notre témoignage. Saint Etienne, premier martyr, est témoin de l’amour jusqu’au bout. Chacun, nous portons nos croix que souvent nous n’avons pas choisies (tel Simon de Cyrène réquisitionné pour aider Jésus). Malgré ces croix, nous avons l’espérance, cette espérance qui nous permet d’avancer et de témoigner : « affermis-nous dans l’espérance de la résurrection » (prière d’ouverture). « Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage » : quand le Christ leur apparaît, il dit : « la paix soit avec vous », non pas la paix qui vient du monde mais le Christ lui-même qui est paix, qui nous apaise, lui le Juste. La paix, ce n’est pas la tranquillité ou l’absence de souffrance, c’est l’ajustement à l’amour de Dieu.

 

   A la suite des premiers disciples, par le baptême, la confirmation et l’Eucharistie, nous sommes témoins du Christ pour le monde. Laissons le Christ ouvrir notre esprit à l’intelligence des Écriture, soyons fidèles au commandement de l’amour et de Dieu et tu prochain, soyons configuré au Christ mort et ressuscité. Amen !

 

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