Aux armes, chrétiens !... Marchons !

Publié le par Père Louis de Villoutreys

1er dimanche de Carême - Année B (Mc)
Dimanche 1er mars 2009


   Mercredi, avec la liturgie des Cendres, nous sommes entrés en Carême : pendant quarante jours, nous prenons ensemble un chemin de pénitence, de conversion avant de célébrer la grande fête de Pâques. Dans cette marche, l’Eglise nous invite à trois attitudes que j’appelle les « trois P » : Privation (ou jeûne), Prière et Partage (ou aumône). Trois attitudes que le Christ nous exhortent à vivre en vérité : « Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer.[…] Ron Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra » (Mt 6, 1.18).

Ce sont des moyens pour nous convertir, c’est-à-dire pour aller à l’essentiel, se tourner vers Dieu : « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12) déclare le Seigneur par la bouche du prophète Joël (cf. 1ère lecture du Mercredi des Cendres). La prière d’ouverture que j’ai chanté tout à l’heure nous donne le sens de cette route de carême : « progresser dans la connaissance de Jésus Christ et nous ouvrir à sa lumière pour une vie de plus en plus fidèle à lui ».

 

   Ce chemin de progression dans la connaissance du Christ, qui nous conduit à la lumière de Pâques, n’est pas sans difficulté. Sur ce chemin il y a des obstacles, des ennemis contre lesquels il nous faut combattre. Que sont-ils ?


   - Le déluge : dans ce récit de la Genèse, qui précède l’extrait de la 1ère lecture, le déluge est la conséquence de la violence des hommes : « La terre est pleine de violence à cause des hommes » (Gn 6, 13) dit le Seigneur à Noé. Aujourd’hui le déluge, nous pouvons l’appeler « crise » : crise financière, économique et sociale dans le monde, crises dans les familles… dont nous sommes responsables.


   - Satan : « Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan » (Mc 1, 12.13). Tiens ! Quarante jours, comme pour le Carême. Si Jésus, qui est le Fils de Dieu, est tenté par Satan, combien plus nous-mêmes. Qui est Satan ? C’est un ange créé bon par Dieu mais qui s’est opposé à lui. Satan, c’est un nom qui veut dire l’adversaire ou l’opposant. Son but est de nous opposer à Dieu. Satan, c’est aussi le diable, celui qui sépare, qui divise. Il est très rusé, il est capable de nous faire croire qu’il n’existe pas. Comment combattre un ennemi dont on n’ignore l’existence ?


   - « Les péchés de ma jeunesse » : le psalmiste demande au Seigneur de les oublier. Les péchés, c’est-à-dire nos refus d’aimer Dieu, sont comme des blessures qui ont du mal à cicatriser. Ces blessures d’amour nous empêchent de progresser dans la connaissance de Jésus Christ.

 

   Dans ce combat, qui est en fait le combat de notre vie, s’il y a des ennemis, des obstacles, il y a des armes pour les combattre. Outre les « trois P » de la pénitence (Privation, Prière et Partage) que nous faisons, il y a trois autres « P » que Dieu nous donne :


   - La Parole de Dieu. Nous avons acclamé l’évangile par ce refrain : « Ta parole, Seigneur, est vérité » et nous avons entendu l’antienne : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu ». Par trois fois, le psalmiste demande au Seigneur : « enseigne-moi ». La Parole de Dieu est une arme. « Elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles » (He 4, 12). Dans ce combat, prenons le temps d’écouter Dieu qui nous parle, par la Bible et par l’Église. Cette Parole, si nous l’intériorisons, elle nous rend forts.


   - Le Pain reçu de Dieu. Après la Table de la Parole, nous avons la Table de l’Eucharistie. Sur la route de la vie, le Christ nous rejoint par sa Parole et par son pain partagé. Le pain que Dieu nous donne, c’est le Christ lui-même : « ceci est mon corps livré pour vous ». Tout à l’heure, après avoir communié, vous écouterez la prière que je dirai : « Le pain que nous avons reçu de toi, Seigneur notre Dieu, a renouvelé nos cœurs : il nourrit la foi, fait grandir l’espérance et donne la force d’aimer ; apprends-nous à toujours avoir faim du Christ, seul pain vivant et vrai, et à vivre de toute parole qui sort de ta bouche ». Le pain vivant et vrai nous donne la force d’aimer. La communion eucharistique nous rend fort pour aimer. Voilà l’arme contre les déluges, contre Satan, contre nos péchés. J’entends encore sœur Emmanuelle crier : « L’amour est plus fort que la mort ».


   - Le Pardon comme sacrement. Après le déluge, Dieu dit à Noé : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous […] : Je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre ». « Cet arc-en-ciel qui semble unir ciel et terre, qui coïncide avec le retour de la lumière après la tristesse de la pluie, c'est un beau symbole pour l'Alliance entre Dieu et l'humanité » (Marie-Noëlle Thabut). La bonne nouvelle, c’est que Dieu ne se venge pas de l’humanité, au contraire il la sauve, il la délie du péché. Par son Fils Jésus Christ, Dieu nous sauve. L’alliance est réconciliation. Pendant le Carême nous sommes invités à recevoir le sacrement du pardon pour renouveler l’alliance avec Dieu. Sur le chemin, lorsque nous chutons à cause du péché, Dieu nous tend la main et nous relève par le sacrement de réconciliation. Dieu nous tend la main ! Qu’en faisons-nous ?

 

   La Parole de Dieu, le Pain eucharistique et le Pardon sacramentel. Ces trois P sont trois armes qui nous permettent de progresser sur le chemin qui nous mène à la lumière de la Résurrection. J’oubliais un quatrième P, qui est au fondement de notre vie chrétienne, c’est la Plongée dans les eaux du Baptême, nous donnant l’Esprit qui nous pousse à avancer (comme le Christ), nous rendant « participant à la résurrection de Jésus Christ » (1P 3, 21), et donc baptême qui « nous sauve maintenant » (l’arche de Noé en est l’image d’après Pierre).

 

   Frère et sœurs, le Carême, comme chemin de pénitence, est un combat qui nous mène à l’amour de Dieu dont la croix est le signe. Par cette Eucharistie, et avec la Vierge Marie, laissons-nous prendre par cet amour. Amen !


Publié dans Année B - Carême

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