"Mon fils, tes péchés sont pardonnés"

Publié le par Père Louis de Villoutreys

7ème dimanche du Temps ordinaire - Année B (Mc)
Dimanche 22 février 2009



Jésus revient à Capharnaüm, là où il avait guérit la belle mère de Simon (Mc 1, 29-31) et autres malades, où il avait « chassé beaucoup d’esprits mauvais » (Mc 1, 34). Quelque part dans la Galilée, Jésus vient de guérir un lépreux qui ne peut s’empêcher de « proclamer et répandre la nouvelle » (Mc 1, 45). Rappelez-vous, c’était dimanche dernier.

 

La nouvelle de son retour à la maison de Capharnaüm se répand, et donc la foule l’entoure. Jésus attire, sa présence mobilise, certainement à cause de sa réputation : il parle avec autorité, il guérit les malades et chasse les esprits mauvais. Aujourd’hui encore, il y a des lieux chrétiens qui attirent du monde. Je pense à Lourdes où les pèlerins malades ou valides viennent prier Notre Dame et y attendent une guérison ou une conversion. Je pense au chemin de Compostelle sur lequel des personnes en quête de sens marchent vers le tombeau de l’Apôtre Jacques le Majeur. Je pense à Rocamadour (j’y étais il y a trois semaines), un haut-lieu du tourisme religieux : un million de visiteurs par an. Il y a bien sûr le rendez-vous de chaque dimanche durant lequel des millions de chrétiens dans le monde célèbrent l’Eucharistie dans leurs églises locales… La nouvelle se répand, les foules viennent à Jésus.

 

« Il leur annonçait la Parole » écrit saint Marc. Les gens viennent à lui, pour telle ou telle raison, c’est l’occasion pour lui d’annoncer la Parole de Dieu. Ainsi, le curé de Rocamadour saisit-il l’occasion du tourisme religieux pour dire aux nombreux visiteurs la Parole de Dieu à travers les pierres du sanctuaire, et aussi à travers la prière régulière d’une communauté à l’intérieur des pierres (prières du matin et du soir, messe et huit heures d’adoration eucharistique). Il y a Rocamadour, mais il y aussi notre secteur du Dolo. Beaucoup frappent à la porte pour demander un baptême, un mariage, une sépulture. A l’occasion de ces rencontres de préparation, quelque soient leur attente, annonçons-nous vraiment la Parole de Dieu ?

 

Continuons le récit de l’évangile. La foule est une chance, une occasion à saisir pour annoncer la Parole, mais elle peut être aussi un obstacle. Des gens, dont un paralysé, ne parviennent pas à approcher de Jésus. Il y a l’obstacle de la foule, il y a aussi l’obstacle de la paralysie. Heureusement que ce paralysé n’est pas seul, il a quatre porteurs pour lui, et en plus ils sont futés : la porte étant bloquée par la foule, ils choisissent de passer par le toit en y faisant une ouverture. Des obstacles pour rencontrer Jésus, il en existe encore. La foule, ce peut être les autres qui ne pensent qu’à eux et qui bloquent le passage. Mais les autres, ce peuvent être aussi ceux qui nous portent, la communauté chrétienne qui nous permet d’avancer et qui osent prendre des initiatives inattendues. La paralysie, ce peut être notre péché, notre refus d’aimer.

Que voit Jésus ? Il voit leur foi, la foi de ces gens parmi lesquels il y a le paralysé et ses quatre porteurs. D’où vient cette foi ? Elle vient de l’annonce de la nouvelle de la présence de Jésus dans la maison de Capharnaüm ; leur foi vient du fait qu’ils ont entendu parler de Jésus, ce Jésus qui parle avec autorité, guérit les malades et chasse les esprits mauvais. Si aujourd’hui, nous avons la foi au Christ, c’est parce que d’autres nous ont annoncé son Evangile.

Jésus voit la foi du groupe, mais s’adresse au paralysé en particulier : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés ». Il ne voit pas seulement la foi du paralysé. Aujourd’hui, on a tendance à réduire la foi à un choix personnelle, à privatiser la foi. Or la foi, si elle est une réponse personnelle à l’appel du Christ à le suivre, elle est aussi, et même d’abord, la foi de l’Eglise. Tout à l’heure, tous ensemble, nous allons dire « Je crois en Dieu… », non avec nos propres mots mais avec les mots officiels de l’Eglise. Eh bien, ce paralysé n’est pas seul, il est porté par les autres. Sa foi n’est pas solitaire, elle est solidaire. Je disais que Jésus s’adresse au paralysé en particulier : la foi du groupe ne gomme pas la relation particulière du paralysé avec Jésus (« mon fils »), c’est vrai pour chacun de nous.

 


Jésus lui dit : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés ». Pourquoi pardonne-t-il ses péchés ? Ne devrait-il pas plutôt le guérir ? C’est un paralysé qu’on emmène, pas un pécheur ! Les scribes aussi s’interrogent, mais la question est autre, elle porte sur l’identité de Jésus. Pour eux, seul Dieu peut pardonner les péchés. Ils n’ont pas tort. Jésus se révèle dans sa divinité, il est le Fils de Dieu. Devant ces raisonnements, Jésus donne un signe de son autorité divine. « Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l’ordonne, dit-il au paralysé : Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez-toi ». Aussitôt dit, aussitôt fait ! « L’homme se leva… » Ce n’est plus le paralysé, c’est l’homme debout. Le pardon de Dieu relève le pécheur, il le rend libre. Nous passons d’un paralysé emmené par quatre porteurs à un homme qui se lève, prend son brancard et marche, en passant par une rencontre avec Jésus qui lui parles (« tu »).

Prêtre, ministre du pardon de Dieu, je suis témoin de cette Parole de Dieu qui relève le pécheur et le fait homme libre. Le pénitent, après avoir confessé l’amour de Dieu en même temps que ses péchés, est à genoux ou assis. Main étendue, je dis les paroles de l’absolution, je l’envoie : il se lève et s’en va. Le chrétien est un homme debout, comme le ressuscité ! Il ne peut se lever que s’il désire, porté par l’Eglise, aller à la rencontre du Christ pour recevoir son pardon. Le sacrement du pardon est un sacrement qui humanise, qui nous met debout, qui nous rend libre. Alors, n’ayons pas peur ! Laissons-nous réconciliés par le Christ dans son Eglise.

 

Enfin, le récit se termine par une stupéfaction générale devant la nouveauté du Christ : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ». Sachons, nous aussi, nous émerveiller devant l’œuvre de Dieu dans l’Eglise et dans le monde, œuvre de miséricorde et de salut dont nous sommes les ouvriers.

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