Pour la gloire de Dieu et le salut du monde

Publié le par Père Louis de Villoutreys

6ème dimanche du Temps ordinaire - Année B (Mc)
Dimanche 12 février 2006


Avant le récit de Marc, nous avons entendu un passage de la première lettre de Paul aux Corinthiens. Ces quelques versets sont la conclusion d’une longue réflexion de Paul sur la vie concrète des chrétiens dans une société dominée par l’idolâtrie. Il est même question de nourriture : « Allons-nous donc manger de cette viande offerte aux idoles ? ». Même s’il n’est pas grave, pour des chrétiens, de manger des viandes offertes aux idoles, il vaut mieux par prudence ne pas en manger pour éviter le scandale, afin de respecter les consciences faibles et inquiètes. Il s’agit en fait du difficile équilibre entre liberté et charité.

Je pense en particulier à l’affaire des caricatures de Mohamed : une liberté d’expression sans respect de l’autre est une menace pour la paix.

Paul dans sa lettre affirme : « Tout est en notre pouvoir, certes, mais tout n’est pas constructif ». Finalement ce qui est premier dans nos actions, ça doit être la charité : l’amour de Dieu, l’amour du prochain. Aussi, nous demande-t-il de nous adapter en toutes circonstances, non pas pour chercher son intérêt personnel mais « celui de la multitudes des hommes ».


Il nous faut par conséquent agir

  - pour la gloire de Dieu (« tout ce que vous faites : manger boire, ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu »)

  - et le salut du monde (« je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés »).

C’est la raison d’être de l’Église, dont nous sommes membres, cette Église, qui à chaque messe, offre son sacrifice pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Pour agir ainsi, Paul nous invite à le prendre pour modèle : « mon modèle à moi, c’est le Christ », lui qui est à la fois parfaitement libre et parfaitement charitable.

 

Alors regardons le Christ dans l’évangile de Marc que nous venons d’entendre. Jésus touche un lépreux. Il se montre libre vis-à-vis de la religion juive : il enfreint les interdits religieux les plus graves. Il manifeste son amour envers le plus faible.

Observons. Jésus se laisse d’abord toucher par ce lépreux qui « tombe à ses genoux et le supplie » de le purifier : il est pris de pitié. Touché dans son cœur par la supplication du lépreux, Jésus, à son tour, le touche par la main.

Nous voyons là une double audace de la part de l’un et de l’autre :

  - Un lépreux, c’est-à-dire, une personne impure, vient vers Jésus, le Saint.

  - Jésus ose le toucher.

Voici l’impur en face du Saint.

Quelle est cette histoire de pur et d’impur dans la loi juive ? Il ne s’agit pas là ni de pureté sanitaire ni même de pureté morale. Il s’agit en fait de pureté rituelle ou cultuelle. Pour s’approcher de Dieu, l’homme doit être saint et doit se débarrasser de tout ce qui peut le rendre impur. Pour être saint, il faut donc être pur. La loi de Moïse veut justement être un chemin authentique vers Dieu. Seulement, avec le temps, la Loi est devenue formaliste et sectaire. Jésus dénonce cette perversité de la Loi.

Pour la Loi, la lèpre est une impureté contagieuse qui exclue le lépreux de la communauté jusqu’à sa guérison et sa purification rituelle. La lèpre est considérée comme la plaie par excellence dont Dieu frappe les pécheurs.

La guérison du lépreux par Jésus est le signe de l’amour bienveillant de Dieu. Remarquons que Jésus guérit et purifie en même temps : « À l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié ».

Jésus purifie le lépreux sans effectuer le rite de purification prévue par la Loi pour un lépreux guéri. Si Jésus l’envoie vers le prêtre pour ce rite de purification, c’est uniquement pour que cette guérison soit « pour les gens un signe de témoignage ».

En purifiant le lépreux, en l’intégrant dans la communauté, Jésus abolit la séparation entre le pur et l’impur. En touchant au lépreux, l’impur, Jésus ne tient plus compte de la pureté rituelle, mais il met l’accent sur la pureté morale.

Ce lépreux qui supplie Jésus de le purifier, lui l’impur selon la Loi juive, manifeste en fait une certaine pureté : son désir est certainement de réintégrer la communauté, il montre sa confiance absolue envers Jésus.

De plus, Jésus regarde ce lépreux non d’abord comme un impur mais comme une personne digne de respect et d’amour. Son regard est vraiment pur.

Et nous, quel regard portons-nous sur les autres personnes : celles qui sont atteintes du SIDA, celles qui sont accusées à tort ou à raison de crimes odieux, celles qui ne pensent pas comme nous, celles qui ne vont pas à la messe tous les dimanches… ? Notre regard et notre cœur n’ont-t-il pas parfois besoin d’être purifiés ? Que notre regard envers le prochain rejoigne le regard miséricordieux du Christ envers nous. Que, par sa mort et sa résurrection, le Christ nous guérisse et nous libère de nos lèpres que sont les péchés envers Dieu et envers le prochain.

N’oublions pas que tout ce que nous faisons, faisons-le librement et par amour, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

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