Sainte Marie Mère de Dieu

Publié le par Père Louis de Villoutreys

Sainte Marie Mère de Dieu - Année B (Mc)

Dimanche 1er janvier 2006, octave de la Nativité


Textes : Nb 6, 22-27 ; Ga 4, 4-7 ; Ps 66 ; Lc 2, 16-21




Aujourd’hui dimanche, jour de l’An, le 8ème jour après la fête de la Nativité, l’Eglise nous invite à fêter Marie, Mère de Dieu et à prier pour la paix dans le monde.

Depuis minuit, traditionnellement nous aimons nous souhaiter les uns aux autres une bonne et heureuse année. Pour nous aider à exprimer nos meilleurs vœux, reprenons la formule du Livre des Nombres que Dieu lui-même a dictée aux prêtres de l’Ancienne Alliance :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix. » (Nb 6, 23-26).

 

« Que le Seigneur te bénisse »

Dans la Bible, le mot hébreu « bénédiction » indique, par sa racine, la force vitale des organes sexuels. Plus qu’une simple formule, la bénédiction est un don qui touche à la vie et à la fécondité. Que cette nouvelle année soit donc féconde dans toutes nos activités. Souhaitons aux jeunes qu’ils réussissent dans leurs études, aux parents qu’ils réussissent dans leur mission éducatrice, aux travailleurs qu’ils s’épanouissent dans leurs travails, aux chômeurs qu’ils trouvent un emploi, et aux plus âgés qu’ils vivent une retraite active.

Attention, la bénédiction divine, si elle est don de bonheur pour nous, elle nous impose des responsabilités vis-à-vis du monde dans lequel nous vivons : nous sommes appelés à promouvoir une culture de vie selon les valeurs de l’Evangile du Christ.

 

« Que le Seigneur te garde »

A l’occasion du Nouvel An, nous nous souhaitons une bonne santé, et on sait ô combien la santé est importante. Demandons au Seigneur non seulement qu’il nous protège des maladies mais aussi du mal qui souvent habite notre cœur, ce mal qui détériore nos relations, relations sociales et relations avec le Seigneur.

 

« Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! »

C’est-à-dire : que le Seigneur te donne un visage souriant.

 

« Que le Seigneur tourne vers toi son visage »

C’est-à-dire : que le Seigneur te regarde avec bienveillance, qu’il t’accueille tel que tu es et où que tu sois. Dans nos difficultés de la vie, prenons conscience que Dieu nous regarde chacun non comme un surveillant menaçant mais comme un papa dont le regard s’émerveille quand il contemple son enfant.

 

« Qu’il t’apporte la paix »

Le mot hébreu « Shalom » au sens fort signifie « plénitude de bonheur ». Souhaiter la paix, c’est donc plus que souhaiter la fin de toute guerre, même si c’est nécessaire, c’est vouloir le bonheur de tous. « Appelez le bonheur sur Jérusalem : Paix à ceux qui t’aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais » chante le psalmiste.

 

Aujourd’hui, 1er janvier, la liturgie nous invite à tourner nos regards vers Marie, Mère de Dieu. Se tourner vers elle, c’est se tourner en fait vers le Prince de la paix dont elle est la Mère.

 

Si, on admet facilement que Marie est la mère de Jésus, peut-on dire vraiment qu’elle est la « Mère de Dieu », autrement dit, celle qui enfante Dieu lui-même ? Quand l’Ange Gabriel annonce à cette « jeune fille, une vierge » qu’elle va « concevoir et enfanter un fils [qui] sera grand et appelé Fils du Très-Haut [et dont] le règne n’aura pas de fin », Marie elle-même ne comprend pas ce qui lui arrive. Alors comment nous-même pouvons comprendre ceci ? Finalement, c’est avec confiance qu’elle accepte la mission d’être la Mère du Sauveur, et c’est dans la joie et l’action de grâce qu’elle assumera cette tâche : « Mon âme exalte le Seigneur. […] Le Puissant fit pour moi des merveilles ».

 

Cette question de la maternité divine de Marie est ancienne. Les anciens se sont battus pour défendre ce dogme. Certains préféraient donner à Marie le titre de « Mère du Christ » (Christotokos) à celui « Mère de Dieu » (Theotokos), car ils ne reconnaissaient en Marie simplement que la mère de Jésus-Christ comme homme. Dans ce débat, en fait ce qui est en cause c’est l’identité de Jésus : est-il vraiment Dieu ? Est-il vraiment homme ? Est-il vraiment homme et Dieu ? Finalement, en 431, le concile d’Éphèse tranche le débat : « Celui que Marie a conçu du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils selon la chair, n’est autre que le Fils éternel du Père, la deuxième personne de la sainte Trinité. L’Église confesse que Marie est vraiment Mère de Dieu ».


Cette foi en la maternité divine de Marie, ou plutôt notre foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu né de Marie, nous l’exprimons dans nos prières et nos credo.

- « Alma Redemptoris Mater », cette ancienne hymne mariale : « Sainte Mère du Rédempteur, tu as enfanté, ô merveille, celui qui t’a créée ».

- Dans la plus populaire des prières mariales « Ave Maria », nous invoquons « sainte Marie, Mère de Dieu ».

- Dans le Credo de Nicée Constantinople, nous professons notre foi en « Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles [et qui], par l’Esprit Saint, a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ».

- Enfin, dans le Symbole des Apôtres, nous proclamons notre foi en « Jésus-Christ, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ».


Pour nous catholiques, l’affirmation de la maternité divine de Marie est essentielle car elle est la racine des trois dogmes concernant Marie : sa virginité perpétuelle, sa conception immaculée et son assomption.

 

Aujourd’hui, dans l’évangile que nous avons entendu, ce mystère de la maternité divine de Marie nous est révélé dans la crèche de Bethléem. Avec les bergers, laissons-nous entraîner dans la contemplation du divin enfant.

 

« Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans une mangeoire ».

Ce témoignage des bergers étonne ceux qu’ils rencontrent, et continue encore à nous étonnés. Lui, le Fils de Dieu, est « né d’une femme » comme nous le dit Paul dans sa lettre aux Galates. Il ne s’est pas contenté de se faire homme dans le sens de l’homme accompli, de l’homme de 30 ans qui commence son ministère. Non, par le oui d’une jeune fille d’Israël, Marie, il s’est fait bébé. Le Fils du Très-Haut se fait petit homme, il devient faible et dépendant d’une mère et d’un père adoptif, Joseph. La toute-puissance de Dieu se manifeste dans la petitesse d’un enfant.

 

« Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçu le nom de Jésus, le nom que l’Ange lui avait donné avant sa conception ».

Huit jours après Noël, c’est justement aujourd’hui. Le Fils de Dieu ne se contente pas d’être un enfant, le fils d’une femme, il devient un juif, un fils d’Israël. Si le Fils de Dieu se joint à nous dans la nature humaine, il nous rejoint aussi dans la culture humaine. Il porte désormais un nom juif : Jésus, qui signifie « Dieu sauve ».

Comme les bergers, glorifions et louons Dieu pour cette bonne nouvelle de la naissance du Sauveur. Comme Joseph et Marie, accueillons l’œuvre de l’Esprit en nous par l’action discrète et la prière silencieuse.


Publié dans Année B - Noël

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Nathalie 17/03/2014 08:34

Merci pour votre homélie. Ce week end, temps de retraite avec mon équipe Notre Dame. l'aumonier (brave homme, mais ayant vécu l'après concile), nous a certifié mordicus, que Marie n'était pas mère
de Dieu, mais mère de Jésus. J'ai répliqué plusieurs fois, pour dire que non, que ce n'était pas juste! Bref, je me suis engueulée avec lui sans résultats. Et mes équipiers (mon mari en premier)
sans grande culture catéchétique, ont été complètement largués et n'ont pas réagi! alors que si on refuse d'admettre que Marie est réellement mere de Dieu. Alors On remet en cause le fait que Jésus
est vrai Dieu et vrai Homme, et également le mystere de la trinité! Enfin grande tristesse de tout cela! Les laics sont déjà peu formés, mais si les pretres nous racontent des bêtises! Que dire!

Woodpecker 08/02/2009 08:32

La conversion de Saül de Tarse en l'apôtre Saint-Paul est assurément aussi prodigieuse que spectaculaire.
A quand la semblable conversion du pape Benoît XVI et celle de tous ses coreligionnaires de l'impéritie apostolique?

Père Louis de Villoutreys 12/02/2009 22:40


Je ne vois pas où vous voulez en venir !


Yves 03/01/2009 15:44

Ce que je voulais dire, c'est que notre Foi NE PEUT PAS aller contre la Raison. Et la raison naturelle nous dit aujourd'hui qu'une nature humaine est procréée par un homme et une femme.

Je trouve bizarre que l'Eglise ne se soit jamais prononcée sur la façon dont a été procréée la nature humaine de la Personne Divine Incarnée. Dire que l'Esprit-Saint est venu sur la Vierge Marie, c'est bien. Mais cela reste trop "vague" pour une personne voulant appronfondir le Mystère de l'Incarnation. (et l'Eglise, à la suite de Fides et Ratio, nous encourage vivement a se poser se genre de question pour "s'élever vers la contemplation de la Vérité").

Il y a quand même une différence fondamentale (et même des conséquences théologiques, biologiques...) entre une procréation exlusivement liée à l'Esprit-Saint (que je ne rejette pas) et une procréation intrinséquement liée à la Mère de Dieu perpétuellement vierge (thèse qui me parait bcp plus "acceptable").

Qu'est-ce qui serait hérétique de penser une chose comme cela ? A mes yeux, rien. Au contraire, cela irait même dans un sens "biologique" (chromosomique et physique) de Marie Co-Rédemptrice.

En conclusion, je pense que l'Esprit-Saint qui repose sur la Vierge Marie au moment de l'Incarnation est seulement la partie "masculine" pour créer la nature humaine de la Personne Divine du Verbe Eternel.

Bien évidemment, le Mystère reste tel quel pour les "conséquences paternelles" de la nature humaine du Verbe en ce qui concerne ses chromosomes et son "physique".

Mais il est réconfortant de pouvoir penser (en espérant que je ne sois pas hérétique en affirmant celà) que mon Jésus ressemblait physiquement à la Vierge Marie (Tota Pulcha est !). Quelle bonheur !

Père Louis de Villoutreys 04/01/2009 17:53


"Je trouve bizarre que l'Eglise ne se soit jamais prononcée sur la façon dont a été procréée la nature humaine de la Personne Divine Incarnée".
Encore une fois, l'Eglise ne cherche pas à se prononcer sur le "comment" : le comment de la conception du Christ, le comment de sa résurrection, le comment de la création... L'Eglise cherche
à se prononcer sur le "pourquoi", sur le sens de la Révélation. "Cette vérité [révélée par Dieu], donnée à l'homme et que celui-ci ne pourrait exiger, s'inscrit dans le cadre de la
communication interpersonnelle et incite la raison à s'ouvrir à elle et à en accueillir le sens profond" (Fides et Ratio n°13).

"Qu'est-ce qui serait hérétique de penser une chose comme cela ?"
Dire que le Saint Esprit joue le rôle bilogique du père n'est pas hérétique, puisque selon la foi Jésus n'a pas de père biologique.
Dire que Jésus ressemble physiquement à la Vierge Marie n'est pas hérétique puisque Marie est sa mère.

En ce qui me concerne l'ADN de Jésus n'est pas un souci majeur pour ma foi.


Yves 03/01/2009 13:33

Nous sommes d'accord, c'est du domaine de la "Foi". Mais je pense qu'il est trop facile de "contourner" les questions de cette façon là. N'oublions pas que notre Foi repose sur la Raison. (Fides et Ratio).

Mon problème est pourtant très "actuel" si je puis dire car une personne complétement agnostique m'a posé cette question "d'ADN" et de "chromosomes". Que répondre ? C'est une question légitime (surtout si l'on veut "tenir" notre salut personnel grâce à la nature humaine du Verbe).

Le Christ avait bien un "physique", un "adn" et des "chromosomes". D'où venaient-ils ? La procréation est-elle exlusivement de l'Esprit-Saint ou bien est-elle "partagée" avec la Vierge Marie ?

Je ne vous demande pas de répondre au "mystère" tout entier mais seulement de savoir le "comment" s'est fait la procréation (pour en tirer par exemple des conclusions (certes toujours limitées) sur les chromosomes, le physique et l'ADN du Christ).

Père Louis de Villoutreys 03/01/2009 14:57


(J'avais écris une réponse que j'ai malencontreusement supprimé. Je recommence)

"N'oublions pas que notre Foi repose sur la Raison. (Fides et Ratio)"
Euh... Où avez-vu cela ? La Foi repose plutôt sur la Révélation de Dieu lui-même. Il ne s'agit aps d'opposer la foi et la raison, Jean-Paul II commence d'ailleurs son encyclique Fides et Ratio par
: " LA FOI ET LA RAISON sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité." (n°1) et conclue ainsi : "L'Eglise demeure en effet profondément
convaincue que la foi et la raison " s'aident mutuellement ", ( Conc. Oecum. Vat. I, Const. dogm. sur la foi catholique Dei Filius, IV) exerçant l'une à l'égard de l'autre une fonction de crible
purificateur ou bien de stimulant pour avancer dans la recherche et l'approfondissement." (n°100)

Derrière la question autour de l'ADN du Christ j'y vois la question de son humanité : un homme peut-il naître d'une femme qui n'a pas connu d'homme ? Le Fils de Dieu, étant né d'une femme et
n'ayant pas de père biologique, s'est-il fait vraiment homme ? Nous retournons là aux débats théologiques des premiers siècles.
Désolé, mais je ne pense qu'il y ait de réponse scientififique à cette question. Nous sommes là dans une impasse scientifique. Dieu se sert à sa manière (surnaturellement) de la nature, qu'il a
créée, pour agir (et même entrer) en ce monde.

Voilà, ma réponse ne vous satisfait peut-être pas. Peut-être en avez-vous trouver une meilleure.


Yves 03/01/2009 10:09

Selon vous, l'Esprit-Saint qui repose sur Marie donne "seulement" la partie masculine pour en arriver à une nature humaine "normale" ? Les chromosomes du Christ appartiennent à la Vierge Marie et à l'Esprit-Saint ?

Je ne cherche pas les complications, j'essaye juste de comprendre scientifiquement la "procréation" de la nature humaine de la Personne Divine du Verbe.

Si l'on suit votre raisonnement, nous pouvons donc en conclure que Jésus ressemblait "physiquement" et "de moitié" à Sa Sainte Mère la Vierge Marie ? L'autre "moitié" physique reviendrai à qui ? Peut-on affirmer un "physique" de l'Esprit-Saint ? Peut-on affirmer des chromosomes propres à l'Esprit-Saint ? L'Eglise et son Magistère ne sont-ils pas plus précis ? Pourquoi ne pas appronfondir ces questions au lieu de dire que c'est un "mystère" ?

Merci pour votre temps à répondre à mes objections.

Père Louis de Villoutreys 03/01/2009 11:08


"Si l'on suit votre raisonnement, nous pouvons donc en conclure que Jésus ressemblait "physiquement" et "de moitié" à Sa Sainte Mère la Vierge Marie ?"
Ce n'est pas mon raisonnement, c'est le vôtre. J'ai voulu dire que l'Esprit Saint est pleinement créateur de notre humanité, et donc celle de la personne du Verbe incarnée, et que la Vierge Marie
en est la procréatrice. Le "souci", c'est donc qu'il n'y a pas de père biologique.

Je n'ai pas d'explication scientifique sur la procréation de la nature divine du Verbe incarnée. Ce n'est pas le rôle du Magistère d'en donner. Très franchement, la question de l'ADN du Christ ne
me semble pas une question fondamentale. Nous sommes là dans le domaine de la foi, la foi en Dieu le Père qui a envoyé son Fils unique dans le monde (pour son salut) par son incarnation grâce au
oui de la Vierge Marie.