De la Sainte Famille à la Sainte Eglise

Publié le par Père Louis de Villoutreys

La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph - Année A (Mt)

Dimanche 30 décembre 2007


Textes : Si 3, 2-6.12-14 ; Ps 77 ; Co 3, 12-21 ; Mt 2, 13-15.19-23


Cinq jours après Noël, nous fêtons aujourd’hui la sainte famille, plus précisément la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Dieu nous la donne en exemple comme nous le rappelle la prière d’ouverture.

 

C’est une famille de trois personnes énumérées dans un ordre étonnant : l’enfant, la mère et le père. On aurait pu le dire dans l’ordre inverse. Eh bien non, on commence par l’enfant, et quel enfant ! Il s’agit de Jésus (« Le Seigneur Sauve »). Ce prénom lui a été donné par Joseph, son père adoptif, à lui qui est le Verbe, la Parole tel qu’il est désigné dans le prologue de Saint Jean : « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu ». Dans l’ordre de l’existence, l’enfant précède les parents !

Il y a ensuite la mère, Marie, celle que l’Eglise proclame « Mère de Dieu », que nous allons fêtés le 1er janvier. Et ensuite le père Joseph, le charpentier, considéré comme juste.

Cette famille est sainte : elle est constituée de Jésus, le saint par excellence (« celui qui va naître sera saint »), de Marie, la Toute-Sainte, l’Immaculé Conception, et de Joseph, le juste.

 

Cette famille n’est pas ordinaire : le Fils de Dieu, une Vierge et un père adoptif. Ils constituent une famille par vocation, par un appel.

- « Celui-ci est mon Fils bien aimé ; en lui j’ai mis ton mon amour » : Le Fils est appelé par son Père pour être envoyé au monde, pour le sauver.

- « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu » dit l’Ange du Seigneur à la Vierge Marie qui accepte d’être la mère du Sauveur.

- « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ». Ainsi, Joseph accepte de prendre Marie chez lui et d’assumer une paternité envers Jésus.

 

La famille est don : il ne s’agit pas d’abord de donner à Marie et Joseph un enfant, il s’agit essentiellement de donner à Jésus, Fils de Dieu, un papa et une maman. Jésus, comme tout enfant, a besoin d’un papa et d’une maman pour grandir.

 

Ce qui est donné aux parents, c’est une mission, une responsabilité :

Accueillir la vie, une vie nouvelle. Joseph prend soin de trouver un endroit tranquille pour que Marie puisse enfanter.

Protéger l’enfant contre les menaces extérieures. Ainsi, à la demande de l’Ange, Joseph « prend l’enfant et sa mère et fuit en Égypte », car Hérode veut faire périr l’enfant. De retour au pays d’Israël, Joseph évite la Judée et vient habiter à Nazareth en Galilée.

Eduquer, autrement dit faire grandir l’enfant avec la grâce de Dieu. « L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui ». Soumis à ses parents, « il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes ».

 

Protéger et éduquer, oui ! Mais pour mieux le faire partir. La vie familiale est faite de ruptures. L’enfant est appelé à quitter papa et maman. Ainsi, à 12 ans Jésus, s’émancipe, il se permet d’être autonome vis-à-vis de ses parents. A trente ans, il quitte la maison familiale, le travail de papa pour exercer un ministère itinérant. La famille de Jésus, comme toute famille, n’est pas sans douleur, depuis la fuite en Egypte jusqu’à la Croix auprès duquel Marie, sa mère, se trouve.

D’une certaine manière, la famille de Jésus est atteinte par l’attitude et les propos de Jésus. « C’est chez mon Père que je dois être » répond Jésus à ses parents inquiets au Temple. Au noces de Cana, Jésus dit à sa mère : « Femme, que me veux-tu, mon heure n’est pas encore venue ». Il y a aussi cette interpellation : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui cherchent à te parler », et Jésus de répondre : « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère ». La famille de Jésus s’élargit donc avec ses disciples.

 

Nous passons de la Sainte Famille à la Sainte Église. « L’Église-Famille de Dieu », expression africaine pour désigner l’Église. Cette nouvelle famille s’enracine dans la Trinité, famille divine de Jésus. L’Eglise est ce peuple de frères, frères en Jésus-Christ, enfants d’un même Père et conduits par l’Esprit Saint. Église qui, depuis la Croix, a Marie pour mère : « Femme voici ton Fils », « voici ta mère ».

Ce que nous avons dit de la Sainte Famille, nous pouvons le dire aussi de la Sainte Église.

- L’Eglise est sainte parce qu’elle porte en elle le Christ pour le mettre au monde.

Depuis l’appel des premiers disciples, l’Église naît d’un appel, l’appel du Christ : « Viens et suis-moi ».

- L’Eglise est, comme Marie et Joseph, à l’écoute de la Parole de Dieu, elle en est la servante.

- L’Église est le lieu du don. Par les sacrements de l’Eglise, Dieu ne cesse de se donner et de répandre sa grâce.

- L’Eglise est missionnaire par son esprit d’accueil, par son souci de protéger le plus faible, par son rôle d’éducatrice. Ouverte pleinement à l’amour de Dieu, elle est ouverture au monde. Cette ouverture n’est pas sans souffrance, pas sans le témoignage ultime de la foi : le martyre.

 

Si donc la sainte Famille est un exemple pour l’Eglise, elle l’est pour chaque église domestique, c’est-à-dire pour famille chrétienne. « Accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être unis par les liens de l’amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison ». (prière d’ouverture).

Il ne s’agit pas pour les familles d’être exactement comme la sainte Famille (celle-ci est unique), il s’agit de témoigner de la vérité même de l’amour de Dieu au milieu des mensonges de ce monde.

Il n’y a pas de vraie famille

sans l’altérité sexuelle (un papa, une maman),

sans la volonté de construire sur du roc : la confiance mutuelle et le foi en Dieu, et non purement sur le sable des sentiments.

Sans l’ouverture à la vie, à toute vie.

La promotion de l’homoparentalité, les nombreux divorces et séparations, l’avortement déstructurent les familles. Devant ces drames, tournons-nous vers la Sainte Famille, qu’elle intercède pour nous, pécheurs, auprès de Dieu afin que nous soyons des vrais témoins de l’amour de Dieu.


Publié dans Solennités

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