Appelés à entrer dans la joie du maître

Publié le par Père Louis de Villoutreys

33ème dimanche du Temps ordinaire – Année A (Mt)

Dimanche 13 novembre 2005


Textes : Pr 31, 10-13.19.20.30.31 ; Ps 77 ; 1Th 5, 1-6 ; Mt 25, 14-30



 « Jésus parlait à ses disciples de sa venue »

 

En cette fin d’année liturgique, l’Église nous invite à entendre les paroles de Jésus sur sa propre venue à la fin des temps. Jésus refuse de laisser ses disciples dans l’ignorance sur son retour. Aussi, selon saint Matthieu, le Seigneur Jésus est comme un maître de maison qui, parti longtemps en voyage, confie à ses serviteurs ses propres biens. Cette attente de la venue du Seigneur, c’est pour nous aujourd’hui le temps de l’Église. Et lorsque nous célébrons, comme aujourd’hui, l’Eucharistie « source et sommet de la vie de l’Église », nous proclamons la mort du Seigneur Jésus, nous célébrons sa résurrection et nous attendons sa venue dans la gloire. Dans la messe, il nous est donné de vivre cette anticipation de la venue du Seigneur.

 

« Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens ».

 

En confiant à ses serviteurs ses propres biens, le maître montre ici sa pleine confiance envers eux, comme le mari envers sa femme dans le Livre des Proverbes : « son mari peut avoir confiance en elle ».

En effet, ce qu’il leur donne, ce n’est pas rien : cinq talents à l’un, deux à l’autre un seul et au troisième. Du temps de Jésus, le talent était une unité de poids équivalent à 30 kg. En argent, cela donnait 6000 deniers, c’est-à-dire l’équivalent de 6000 journées de travail d’un ouvrier. Cinq talents correspondent donc à plus de 80 années de travail, deux talents à près de 33 années et un talent à 16 années.

Notons qu’il donne « à chacun selon ses capacités ». Le Seigneur nous connaît, il connaît nos désirs et nos limites, il nous respecte tels que nous sommes et quelque soient les situations dans lesquelles nous sommes. Même s’il donne beaucoup, il ne surcharge personne. N’est-ce pas là une marque de sa grande bonté ?

Ainsi Dieu nous donne ses bienfaits avec confiance et délicatesse.

 

Cette rencontre ultime du maître avec ses serviteurs avant le voyage nous rappelle l’entretien de Jésus avec ses disciples à propos du temps de l’Église avant qu’il ne soit livré, avant sa mort et sa résurrection. Il confie comme bien le plus précieux le grand commandement de l’amour : « Mes enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 33-35).

Que faisons-nous de ce don du commandement d’amour ?

 

« Longtemps après, leur maître revient et il leur demande des comptes »

 

« Au sujet de le venue du Seigneur, il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de délais ou de dates. Vous savez très bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit » écrit Paul aux chrétiens de Thessalonique. Le Seigneur reviendra, telle est notre foi, telle est notre espérance. Plus loin, Paul les invite à rester vigilants et sobres. En effet, comme le maître de la parabole, Jésus nous demandera des comptes.

Si nous attendons la venue du Seigneur, qu’attend-il de nous ?

Observons la réaction du maître devant chacun des trois serviteurs.

Devant les deux premiers qui s’occupèrent de faire valoir leurs talents pour en gagner le double, il exprime sa reconnaissance envers eux : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître ».

- Il y a là comme d’une surabondance de l’amour. Ces deux serviteurs ont su accueillir et fructifier les talents reçus. Et nous, savons-nous rendre à Dieu amour pour amour ? Utilisons-nous nos talents reçus au service du bien, au service de l’amour de Dieu et du prochain ?

- Il y a une surabondance du don : « je t’en confierai beaucoup ». « Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance ». Le don appelle le don.

- Il y a une surabondance de la joie. Devant l’enthousiasme joyeux de ces deux serviteurs, le maître les invite à partager sa propre joie. Il y a une joie à recevoir, une joie à faire fructifier le don de Dieu, une joie à rendre grâce à Dieu pour ses bienfaits, et une joie ultime à entrer dans la vie divine. C’est la contagion de la joie.

Avant la joie de la rencontre ultime avec le Seigneur, cette joie du Royaume de Dieu, il y a la joie simple du chemin, du travail quotidien. « Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains : heureux es-tu ! À toi le bonheur ! » chante le psalmiste. Selon les Proverbes, la femme vaillante « tous les jours de sa vie épargne à son mari le malheur et lui donne le bonheur ». Mais attention, pour nous les disciples du Christ, cette joie du chemin passe par le chemin de la croix. Quand Jésus raconte cette parabole, il monte à Jérusalem où il va être tué sur le bois de la Croix avant que Dieu ne le ressuscite.

Au contraire, le troisième serviteur, par peur de son maître, a creusé la terre et enfoui l’argent de son maître. La dynamique de la surabondance s’inverse. Se réfugiant dans la méfiance et la peur, il a refusé d’entrer dans la logique de l’amour, du don et de la joie. En creusant la terre, il a creusé sa propre tombe. En enfouissant l’argent de son maître, il s’est enfermé sur lui-même et s’est endormis comme ceux qui appartiennent à la nuit et aux ténèbres, « là où il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

 

La bonne nouvelle de cette parabole, c’est que nous, qui sommes dans le temps de l’Église, nous sommes appelés à entrer dans la joie du maître. Pour cela, le Seigneur nous invite à être des serviteurs fidèles de sa Parole, cette Parole vivante qu’il nous a transmise et dont nous avons la mission de faire fructifier. Qu’à la suite du Christ mort et ressuscité pour le salut du monde, nous fassions fructifier les talents que nous avons reçus chacun selon nos capacités pour les mette au service de tout homme.

Demandons au bienheureux Charles de Foucauld, lui le serviteur de Dieu entré dans la joie éternelle, de prier pour nous afin que nous cheminions allégrement sur la route qui mène à la maison du Père.

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