L'amour conjugal est consentement

Publié le par Père Louis

Mariage de Jean et Quitterie

Vendredi 8 août 2008 (église Saint-Hilaire de Jardres)

 

    Jean et Quitterie, en vous mariant aujourd’hui à l’Église, vous faites un acte de foi. Les textes bibliques que vous avez choisis et que nous avons entendus en sont l’expression.

    Tobie et Sara, par la prière, mettent leur union sous le regard de Dieu, sous sa protection, après l’expérience malheureuse de Sara qui a perdu prématurément six époux avant même qu’ils aient consommé leur union.

    Le psalmiste sait que le Seigneur le guide sur son chemin de vie, c’est pourquoi il ne craint rien.

    Enfin, saint Jean nous rapporte des paroles du Christ adressées à ses disciples : « si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurez dans mon amour ». Le disciple du Christ est celui qui met sa confiance en son maître, et ami, le Christ en se laissant vivre de l’amour de Dieu.

En vous engageant dans le sacrement du mariage, vous manifesté que l’amour de Dieu non seulement ne vous est pas indifférent, mais qu’il est la source de votre amour. Dieu qui est en lui-même communion d’amour, qui relation trinitaire entre le Père, le Fils et le Saint Esprit, nous a créé capable d’aimer.

    « Nous ne pouvons pas nous unir comme des païens qui ne connaissent pas Dieu » dit Tobie à Sara. Votre engagement conjugal s’appuie sur la foi de l’Eglise, sur votre foi chrétienne.

    « Demeurez dans mon amour ». Cette parole forte du Christ nous rappelle que le christianisme est entièrement centré sur la notion d'amour, un amour qui circule entre Dieu le Père et  le Christ, un amour que Dieu éprouve pour tous les humains, un amour que Dieu met au centre de ses commandements : « mon commandement le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

    Or, nous le savons bien, dans le monde et d’abord en nous-mêmes, on ne peut pas dire que l'amour soit toujours au centre, soit toujours le moteur de nos comportements ! En fait, l'amour est bien plus difficile à vivre qu'on ne le pense. Combien de couples séparés aujourd’hui ? Cette blessure de l’amour c’est le péché.

    C’est pourquoi, demeurer dans l’amour de Dieu, c’est se tourner vers lui, la source de tout amour : « ils se levèrent tous les deux et se mirent à prier ensemble avec ferveur. Ils demandaient à Dieu sa protection ».

    Tobie et Sara nous rappelle qu’il n’y a pas d’amour sans prière. Jésus lui-même ne prie-t-il pas son Père pour le monde. L’Eucharistie (action de grâce) que nous célébrons en ce jour est cette grande prière d’amour du Fils au Père à laquelle nous nous associons.

Aujourd’hui, Jean et Quitterie, il ne s’agit pas simplement de se dire « oui pour toujours », bien plus, il s’agit de se redire chaque jour le « oui » d’aujourd’hui. C’est ce que chaque chrétien, que nous sommes, est invité à vivre tous les jours, en particulier dans la prière : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

    « Prends pitié de nous, Seigneur, prends pitié de nous ».

    Tobie et Sara nous rappelle qu’il n’y a pas d’amour sans pardon. Ayez donc cette culture du pardon, c’est-à-dire de l’acceptation de ses propres faiblesses ainsi que de celles de l’autre, et le dépassement de celles-ci, tout cela sous le regard miséricordieux de Dieu.

Vous allez échanger vos consentements : en vous disant « oui », l’un à l’autre, vous acceptez chacun de consentir à l’autre, c’est-à-dire d’aimer tel qu’il est et non tel qu’on souhaite qu’il soit, c’est se sentir pauvre devant lui (ou elle). Le sacrement du mariage est vraiment un acte de foi.

En vous engageant dans le sacrement du mariage, vous manifesté bien que l’amour de Dieu est la source de votre amour. De quel amour s’agit-il ?

Nous le savons bien la pauvreté du verbe « aimer » en français : j’aime le chocolat, j’aime ma grand-mère, j’aime le foot, j’aime mon conjoint… Quand on aime le chocolat, on le prend pour le manger. L’amour conjugal c’est tout autre, il ne s’agit pas de prendre mais de recevoir et de se donner : « je te reçois comme époux et je me donne à toi ».

    D’abord, il ne s’agit pas d’abord de sentiments mais de consentements. Le sentiment est subi, le consentement est choisi. On tombe amoureux, mais on choisit d’aimer. En vous mariant l’un à l’autre, vous passer du sentiment amoureux à la volonté de vous aimer tous les jours de la vie. Amoureux, vous devenez aimant.

    Ensuite, écoutons une nouvelle fois Tobie : « Si j’épouse cette fille d’Israël, ce n’est pas pour satisfaire mes passions, mais seulement par désir de fonder une famille ». Satisfaire ses passions, c’est réduire l’amour à l’amour eros, l’amour possession : « je te prends comme époux ». Tobie refuse l’amour égoïste : je me marie à toi pour aimer être aimé. « Fonder une famille », c’est l’amour qui refuse l’enfermement sur soi, et même l’enfermement du couple en lui-même, comme un égoïsme à deux, c’est l’amour qui s’ouvre à la vie. Le couple ne se regarde plus lui-même, mais se tourne vers un autre regard, celui d’un petit enfant, fruit de leur amour. « Demeurer dans l’amour », c’est donc, dans le mariage, participer à l’acte créateur de Dieu (procréation).

    Donner la vie, oui. Bien plus encore, il s’agit de donner sa vie pour l’autre, de se donner soi-même à l’autre. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », combien plus dans un couple ! Autrement dit, le sacrement du mariage, comme tout sacrement de l’Église, vous fait participer au sacrifice du Christ, à son offrande d’amour. C’est l’amour agapè, l’amour inconditionnel qui n’est que don. Vous avez choisi de célébrer votre mariage au cœur de la célébration eucharistique (ce qui est moins habituel). Vous signifiez par là que votre amour conjugal s’enracine dans l’amour jusqu’au bout du Christ. Que votre amour se nourrisse donc du pain eucharistique !

Pour terminer, c’est peut-être chose banale de dire, mais il y a de la joie à aimer. Non pas une joie superficielle faite de uniquement de petits plaisirs, mais la joie simple d’être ensemble, de participer à la joie de Dieu, de demeurer dans son amour. Vous pouvez faire vôtre cette parole de Sara : « Puissions-nous vivre et heureux jusqu’à notre vieillesse tous les deux ensembles », ainsi que celle du psalmiste : « Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie ». Le Christ lui-même nous dit, et vous dit : « Que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie ».

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