La Trinité, un mystère de relations

Publié le par Père Louis

Dimanche de la Sainte Trinité – Année A (Mt)

Dimanche 18 mai 2008

 

Une semaine après la fête de la Pentecôte, nous célébrons aujourd’hui la Sainte Trinité. Trinité, voilà un mot qui peut faire peur pour certain. Et pourtant, nous avons dans ce mot, la spécificité de la foi chrétienne, de cette foi proclamée depuis la naissance de l’Église le jour de la Pentecôte.

 Écoutons la première prédication de Pierre : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous : c’est cela que vous voyez et que vous entendez ». (Ac 2, 32.33). Si le mot Trinité n’est pas dans la Bible, les noms de Père, Fils et Saint Esprit y sont intimement associés.

 Affirmer aujourd’hui notre foi en Dieu Trinité, en Dieu Père, Fils et Saint Esprit n’est pas un gadget ou une option, c’est le cœur même de la foi chrétienne. Le dogme de la Trinité ne peut être négocié (comme tout dogme), surtout dans le contexte actuel : pluralisme religieux et croyance confuse.

Croyance confuse. Lorsque je pose la question : quelle est votre foi ? Souvent j’entends : « je crois en quelque chose », « je crois en des valeurs », « je crois en une puissance supérieure ». Cette foi confuse, il faut le dire, n’est pas la foi chrétienne.

Pluralisme religieux. Il y a quelques semaines, j’ai dit dans une homélie que le Dieu des chrétiens n’est pas celui des Musulmans. A la sortie de la messe, certains ont exprimés leurs désaccords. « Dieu est grand et Mohamed est son prophète », moi qui suis chrétien, je ne peux adhérer à cette foi musulmane. Aucun musulman ne peut professer : « je crois en Dieu le Père, en son Fils et à l’Esprit Saint ». Ce n’est pas parce que nous croyons au Dieu unique, que nous croyons en vérité au même Dieu.

 Le Dieu des chrétiens n’est pas le Dieu « quelque chose » de la foi déiste répandue aujourd’hui, il n’est pas le Dieu purement transcendant et lointain de la foi musulmane. Non, le Dieu auquel nous croyons, est celui qui s’est révélé dans l’histoire d’Israël et de l’Église. La Bible nous raconte un Dieu qui intervient dans l’histoire des hommes, pas dans une histoire idéale, mais dans l’histoire concrète avec ses contradictions. Dieu se révèle à nous par la rencontre.

 Dieu vient se placer auprès de Moïse. Celui-ci, à la tête d’un peuple infidèle à l’Alliance, c’est-à-dire un peuple pécheur, lui fait cette prière : « Daigne marcher au milieu de nous  ». Dieu répond à cette demande : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Dieu n’est donc pas une entité à part de nous-mêmes. Au contraire, Dieu, qui est en lui-même Trinité, c’est-à-dire trois personnes en relation, nous fait participer à son mystère. « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soit toujours avec vous ». (2Co 13, 13)

 Le dogme de la Trinité, disais-je, est essentiel (comme tout dogme) dans la foi chrétienne, il nous permet de comprendre en quoi Dieu est amour. Certes Dieu est amour parce qu’il est le Créateur qui aime sa création (« il vit que cela était bon »), plus encore l’humanité, homme et femme, créée à son image. Dieu est amour non pas d’un amour égoïste. Dieu est amour parce qu’il est depuis toujours amour en lui-même : le Père aime son Fils, il l’aime d’un amour infini qui est l’Esprit Saint.

Revenons au terme, non biblique, de Trinité pour dire le mystère de Dieu. On définit se mot avec des termes philosophiques de nature ou substance  et personnes. Notons que le mot « personne » a été inventé pour la théologie. Dieu est une nature en trois personnes. Le mot nature ou substance désigne l’unité de Dieu (nous sommes une religion monothéiste). Le mot « personne » indique la distinction, une distinction non pas d’isolement mais de relation. C’est la grande différence avec l’Islam. D’une certaine manière, pour nous chrétien, l’Islam est une régression dans l’histoire de la théologie. Car l’Islam nie la Trinité.

La Bible n’emploie pas le mot Trinité, mais utilise les mots Père, Fils et Saint Esprit. Ces mots désignent des réalités non absolues mais relatives, des relations. On n’est pas Père tout seul, on n’est pas Fils tout seul, ni même Esprit tout seul, car l’Esprit qui désigne le souffle, est une présence sensible dont on peut sentir les signes.

La Trinité désigne donc la communion d’amour entre le Père, le Fils et le Saint Esprit, un mystère de relation. Ce mystère a un impact sur notre manière d’être Eglise et même d’être homme. Dans l’Eglise, par notre baptême, nous devenons chacun enfant de Dieu et nous partageons la même foi en Jésus-Christ. L’Église du Christ est une, un seul corps, et ses membres (les chrétiens) sont divers. Il n’y a pas de chrétien solitaire, mais des chrétiens solidaires vivant du même Esprit. L’Église est appelée à être signe de la communion d’amour trinitaire pour une humanité à réconcilier. Là où des hommes et des femmes sont exclues de la communauté humaine (racisme, non respect des droits fondamentaux), là sont niés la dignité de la personne humaine. L’homme est une personne, c’est-à-dire fondamentalement un être de relation. Les liens que nous tissons les uns aux autres sont signe de la vraie humanité.

Publié dans Solennités

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